RencOntre aVec SteVe VerbeKe

 

Avec un père comme le sien, figure emblématique du french blues, et qui entre deux biberons l'a élévé au son des Junior Wells, James Coton et Little Walter, on ne pouvait imaginer Steve Verbeke devenir clerc de notaire d'une bourgade bourgeoise de province, ou inspecteur des impôts zélé au look de premier de la classe, à la recherche du contribuable malveillant. Non, sa route était toute tracée. La route du Blues, jonchée de galères et de déboires, mais ô combien exaltante, avec l'harmonica comme meilleur ami. Pour Blues & Co, afin de vous présenter son premier album enregistré sous le haut patronnage d'un certain Benoît Blue Boy, Steve Verbeke a répondu aux questions de votre serviteur, avec un plaisir non dissimulé.

Blues & Co: Steve, peux-tu nous dire comment est né ton premier et excellent album ?
Steve Verbeke: Depuis que j'ai formé mon premier groupe "Blues dans l'Boogie" avec Jérémie Tepper, on pensait que si il fallait faire un disque, il fallait faire des chansons à nous, et on était très attaché aux textes en français. Les reprises sont hyper-agréables sur scène, mais si c'est pour les coucher sur un disque, autant écouter les originaux. Début 98, c'est Benoit Blue Boy qui m'a poussé à donner un sens à ce que je faisais en enregistrant un disque. Au départ je n'avais rien, aucune composition, alors Benoit m'a demandé d'apporter des petits trucs que j'avais griffonnés pour voir ça avec lui. Mais ça faisait longtemps que j'allais chez lui jouer de l'harmo, écouter des disques, je suis assez proche de lui depuis quelques années. et puis tout a commencé comme ça, je me suis mis un peu à la guitare en jouant comme un vrai ignorant, encore pire que Benoit, j'ai commencé à ecrire quelques textes et a les lui montrer, Benoit les a corrigés, il a fait des suggestions, il a même écrit certains couplets. Puis entre temps il y a eu le CD "Héxagone Blues", mon père m'a dit qu'il était d'accord pour que je sois dessus, mais avec des textes en français. Donc je me suis un peu speedé, j'ai fais "Dis-moi pourquoi" et "Rue de l'enfer", un instrumental que j'avais sous le coude depuis longtemps, car en écoutant tous les instrumentaux de Little Walter j'en avais envie. Parallèlement avec Benoit on continuait de se voir régulièrement pour peaufiner les chansons, pour voir les arrangements qu'on pouvait mettre, et l'avantage avec lui, c'est que c'est jamais démonstratif. Sur le disque les arrangements ne sont pas pétants, mais sont au sevice de la guitares, de l'harmo et des textes. Je ne le suis pas moi même, mais on a vraiment pas cherché à faire un disque de virtuose.

Blues & Co: Quels sont les musiciens qui jouent dessus ?
Steve Verbeke: Stan Noubard Pacha à la guitare jouait déjà sur "Héxagone Blues", et entre temps j'avais fait quelques concerts avec Fabrice Millerioux à la batterie. Je leur ai dit : "voila, j'ai peut être la possibilité d'enregistrer, j'ai fait des morceaux avec benoit, est ce que ça vous branche, on répète et on essaie d'en faire un disque". Ils ont été super cool, ils ont été OK pour répéter, ils sont venus chez moi plein de fois. Benoit m'avait dit que si je jouais vraiment Blues, avec eux, il n'y aurait aucun problème. Et mon ami Cédric Lesouquet m'a dit ouais ! ouais ! moi aussi je marche à fond avec toi ! Il y a aussi sur quelques titres Stéphane "Guitar Mana" Manaranche et Ghyslain Di Sacco au piano, grand admirateur d'Otis Spann. Donc avec Benoit on s'est fixé les dates, on a eu pile une semaine, mixage compris. C'est bien, c'est honnète, mais il falait finir dans les temps, car après les disponiilités et le pognon ne suivaient plus ! Patrick, mon père est venu jouer de la slide sur "Rue de l'enfer", et sur "La tangente" qui est un de ses vieux morceaux. On a commencé à le jouer binaire louisianais, et comme ça collait bien, on a changé deux ou trois trucs dans la grille pour ne pas faire copie conforme. j'ai repris également "Le juge" de Benoit, j'adore ce morceaux, je suis vraiment fan de lui ! Ce qui est vraiment chouette, c'est que j'ai fait ce disque comme si je l'avais fait avec une bande de copains, alors qu'on n'est pas des copains de toujours. Stan, je ne le connais pas depuis très longtemps, bien que cela fasse longtemps que j'en entends parler et que je l'adore, pareil pour Fabrice, mais il y avait vraiment un bon esprit, on était cool, décontracté. On est content de se voir, on boit des coups, lorsqu'on fait des concerts comme au St Louis Blues, on est peinard, ils me font des tapis pour chanter et jouer de l'harmo, puis après on discute devant un verre !

Blues & Co: Benoit Blue Boy représente beaucoup pour toi ?
Steve Verbeke: C'est un ami de la famille depuis des années, et j'ai eu la chance d'avoir ses disques chez moi quand j'étais gamin. Quant j'ai commencé à jouer de l'harmo, il était l'un de mes modèles. Pour moi, je le place au même niveau que les Junior Wells, Little Walter, James Cotton, Sonny Boy Williamson. Je ne suis ni historien, ni musicologue, mais pour mon histoire à moi, Benoit est sans problème sur la même ligne qu'eux. J'ai appris la première position sur sa chanson "Sally Ann". Derrière son côté très cool et nonchalent tel Slim Harpo, je peux te dire que son jeu demande des heures, des jours, des années de travail. Il y a des album de Junior Wells qui me donnent la chair de poule, et avec Benoit c'est pareil. Je sais qu'il y en a qui vont dire que mon disque ressemble à du Benoit, mais moi c'est ce que j'avais envi de faire. Quant à ses textes, avant je me disais que de toute façon je ne pourrai jamais rien écrire, car il avait déjà écrit tout ce que j'avais envie d'écrire.

Blues & Co: Le fait de s'appeller Verbeke, a t-il été pour toi un avantage ou un inconvenient ?
Steve Verbeke: Sincèrement je ne me rends pas compte. peut-être que plus de portes se sont ouvertes à moi, il ne faut pas le cacher. il y a des gens que j'ai pu rencontrer plus facilement que si je m'appellais Dupond. Je ne suis pas quelqu'un de très rentre dedans naturllement, donc à ce niveau là ça m'a permis de franchir quelques petits caps.

Blues & Co: Comment definis-tu ta musique ?
Steve Verbeke: j'espère que c'est du Blues ! Un peu de Texas, j'adore le chicago-blues, j'adore les Faboulous thunderbirds aussi, et puis tout le coté swamp-blues de Louisianne comme Slim Harpo, Lightnin'Slim. J'aime bien le coté vieux blues où tu as l'impression que le mec te raconte une histoire, et quand il joue de l'harmo, qu'il ne joue que pour toi. Il n'est pas en train d'épater des centaines de personnes, et là tu te dis c'est pour moi qu'il joue. Moi je ne me considère pas comme un musicien, car sincèrement je ne pense pas être très doué, je n'ai pas d'énormes facilités, j'essaie de compenser ces lacunes par de l'émotion et de la sincérité. J'espère jouer du Blues authentique, et sans être une copie intégrale, je me reconnais très influencé. Il manquerait plus que ça, à mon age, que je ne le sois pas.

Blues & Co: Comment as-tu appris l'harmonica ?
Steve Verbeke: Là aussi, on peut dire que de s'appeller Verbeke à été une sacrée chance, car mon père adore l'harmo, et il a toujours joué avec d'excellents harmonicistes. Il y a eu Benoit, puis Vincent Bucher, et maintenant pascal "Baco" Mikaélian, ils venaient à la maison, et moi je les écoutais et je tentais de faire un peu comme eux. Pour un mec qui joue de l'harmo, je suis vraiment un gros veinard, car les trois que je viens de te citer sont des harmonicistes d'enfer, même en tant que personne, il sont supers.

Blues & Co: Quant as-tu décidé de suivre le chemin de ton illustre père, et de devenir Bluesmen ?
Steve Verbeke: Comme je n'étais pas très doué pour autre chose, et que la musique me plaisait, c'est venu comme ça. D'ailleurs, je ne sais même pas si je vais pouvoir continuer à en vivre ou pas, mais pour l'instant je me débrouille, je fais comme je peux. Mais j'ai une femme superbe, ça va j'ai de la chance, car pour l'instant le Blues ne rapporte pas des millions, mais ça va venir (rires !). Elle ne desespère pas, elle y croit encore, alors tant qu'elle y croit...

Blues & Co: Quels sont tes meilleurs souvenirs, les grands moments de ta jeune carrière ?
Steve Verbeke: Globalement je garde un très bon souvenir de "Blues dans l'Boogie", parce qu'on était assez jeune, avec jérémie Tepper on avait le même age, et il s'est avéré qu'il est vraiment un guitariste monstrueux, musicalement il m'a structuré. Il y avait une très bonne entente entre nous, tous les musicos jouaient très bien, mais après tout le monde commençait à avoir d'autres groupes dans tous les sens, ça m'a un peu pris la tête. Puis, il y avait ce coté Steve verbeke qui revenait tout le temps malgré moi, j'essayais de ne pas en jouer, mais les mecs dans les petits bars étaient contents de marquer Steve, le fils de Patrick Verbeke.je ne peux pas leur en vouloir d'essayer de faire leur beurre. L'un de mes plus grand souvenir reste quant même le Bagneux Blues Night 96, de jouer là bas c'était déjà prestigieux, et en plus d'accompagner Smokey Wilson c'était vraiment Blues. Ses disques sont chouettes, et sur scène, il fait ce qu'il veut quant il veut, il chante bien, il joue bien de la guitare ! Un autre bon souvenir, c'est une soirée à Europe 1 en période de noel qu'avait fait mon père. Il nous avait pris comme groupe, il y avait Benoit, Luther Allisson, on a joué avec papa, nous avions fait deux morceaux à nous, c'était la fête, tout le monde était content. C'était une émission de radio en public dans laquelle on avait l'impression d'être chez nous. Ce n'est pas pour lancer gratuitement des fleurs à mon père, mais j'adorais son émission, j'adorais passer dire bonjour. c'est dommage parce qu'il la faisait bien, et il était tellement content de la faire que c'était agréable à écouter; je garde aussi en mémoire mes rencontres avec Junior Wells. La première fois, c'était au Méridien, il jouait encore avec Buddy Guy. Je devais avoir 14 ans et j'étais fou car j'avais été lui serré la main. de voir Junior, je me suis dit, "c'est ça que tu as envie de faire, je veux faire pareil".

Blues & Co: Que penses-tu du Blues français ?
Steve Verbeke: Il se porte bien. Cependant il faudrait que la nouvelle génération écoute un peu les vieux, quand je dis les vieux, c'est dans le bon sens du terme, ce sont les gens qui ont de la bouteille. Certes, il y en a qui jouent super bien mais qui sont trop surs d'avoir tout compris. Alors que moi je reconnais que je n'ai rien compris du tout ! J'ai plein de trucs dans ma tête, mais je reconnais avoir besoin des anciens. Mon disque, je n'aurais jamais pu le faire tout seul sans l'aide précieuse de benoit. Il faut écouter les vieux disques, car sans les copier il faut apprendre à être au service d'une chanson, plus qu'au service de son instrument. Dans le genre, Stan Noubard Pacha, est magique, car il joue de la guitare, c'est clair et net, mais quant tu joues de l'harmo, il joue pour l'harmo, quant tu chantes, il joue pour le chant et quant il fait un chorus de guitare, il joue pour la guitare. mais ceci dit, je ne veux donner de leçon à personne... Dans le Blues français, j'aime bien Doo the Doo, j'aime bien raoul Ficel, j'ai joué avec eux, ils sont super cool, et en live il ont une énergie positive, dans le même ésprit, j'aime bien Bo Weavil, c'est Memphis des 50's, et bien entendu Benoit, Baco, et mon père...

Blues & Co: Pour conclure, un mot pour les lecteurs de Blues & Co ?
Steve Verbeke: Je trouve cette revue mortelle !!! Avec ce genre de revue, on rencontre des gens super sympa comme toi, ou comme les gens de Soul Bag, ou ceux de travel in Blues avec qui j'adore discuter. c'est bien qu'il existe des gens qui aime cette musique, et qui ont envie d'aller plus loin et d'aider ceux qui en font en écrivant dans les revues spécialisées. D'ailleurs, l'un ne pourrait pas marcher sans l'autre. De plus, dans Blues & Co, vous parler beaucoup du Blues français, et c'est important !

Blues & Co: Merci Steve et à très bientot sur la route, car nous savons pertinament que tant qu'il y aura des endroits qui ouvriront leurs portes au Blues, toi et tes harmonicas ne seront pas loin.
Interview réalisée le 9 juin 99 par Serge dans les locaux de Magic Blues à Paris.

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